Pourquoi les baleines n’ont pas de cancer ?


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Une étude publiée dans Nature apporte un nouvel éclairage sur la façon dont les baleines boréales maintiennent la stabilité de leur génome pendant plus de deux siècles. Il s’agirait plutôt d’un excellent système de réparation que de gènes « tueurs de tumeurs ».
Chez la plupart des mammifères, la longévité est plutôt associée au développement de cancers plus nombreux. Mais pas chez la baleine boréale (Balaena mysticetus), qui, forte de son record de longévité – plus de deux siècles ! – ne connaît pas vraiment le cancer. Un paradoxe qui a évidemment très vite attiré l’attention des chercheurs.
Mieux vaut prévenir…
Les résultats d’une étude parue dans Nature en juin 2025 suggèrent que plutôt que d’avoir développé des gènes suppresseurs de tumeurs, ces baleines disposeraient surtout d’un mécanisme de réparation de l’ADN très performant.
Contrairement aux espèces qui dépendent fortement de la mort cellulaire pour éliminer les cellules endommagées, les baleines boréales semblent privilégier une réparation fidèle de l’ADN – une stratégie qui préserve les populations cellulaires et pourrait aussi ralentir le vieillissement.
Plus sensibles, mais plus résilientes
Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs ont analysé les cellules du tissu conjonctif de baleines boréales et les ont comparées à celles d’humains, de souris et de vaches.
Alors que les fibroblastes de baleines sont finalement plus sensibles aux agressions oncogènes et subissent plus facilement des transformations malignes de leurs cellules, elles développent moins de cancers que les humains. Une des clés de cette résistance réside dans leur capacité supérieure à réparer les cassures double brin de l’ADN. Une protéine de liaison à l’ARN inductible par le froid baptisée CIRBP qui s’exprime fortement dans les fibroblastes et les tissus de la baleine boréale pourrait être à l’origine de ce phénomène.
Testée sur des cellules humaines et chez la drosophile, la surexpression de la CIRBP réduit les anomalies chromosomiques et augmente la résistance aux radiations, contribuant à une bonne stabilité du génome dans le temps.
Sources
Firsanov, D., Zacher, M., Tian, X. et al. Evidence for improved DNA repair in the long-lived bowhead whale. Nature 648, 717–725 (2025). https://doi.org/10.1038/s41586-025-09694-5

