Pollution plastique : les grands fonds ne sont pas épargnés
©Galgani Francois, IFREMER (2010). Micro-plastiques flottants. Ifremer. https://image.ifremer.fr/data/00566/67809/
Plusieurs études montrent comment les courants de turbidité, sortes d’avalanches sous-marines, transportent les microplastiques vers les grands fonds marins. Les conséquences sur la biodiversité des abysses sont encore mal connues, mais toute la chaîne alimentaire pourrait être impactée.
Au début des années 2000, le monde apprenait avec horreur l’existence d’un gigantesque « continent » de plastique situé dans l’océan Pacifique Nord. Une monstrueuse accumulation de déchets, d’une surface équivalente à celle de trois fois la France qui a quatre petits frères, répartis à travers le globe. Mais, bien qu’impressionnant et très médiatisé, ce plastique flottant ne représente qu’une infime partie de la masse totale du plastique accumulée dans l’océan, qu’on estime à plus de 30 millions de tonnes.
Alors où est donc caché le reste ? Plusieurs études se sont penchées sur la question.
Des « avalanches » sous-marines
Glissements de terrain, crues ou encore marées peuvent provoquer des écoulements de sédiments sous l’eau appelés « courants de turbidité ». Des « avalanches » sous-marines qui se déclenchent fréquemment dans les zones côtières, et dévalent les pentes sous-marines depuis le plateau continental vers les fonds océaniques sur des centaines de kilomètres, à des vitesses avoisinant les 20 km/h.
D’après plusieurs études, ces courants charrient, en plus des sédiments, de grandes quantités de particules plastiques vers les fonds marins. Les scientifiques cherchent aujourd’hui à mieux comprendre la dynamique de ces courants et la manière dont ils transportent les plastiques vers les profondeurs.
© Emina Mamaca (Ifremer) - CC BY-SA-4.0 - Wikimedia Commons
Du plastique jusqu’à 3000 mètres sous la mer
Des prélèvements effectués dans la mer Tyrrhénienne ont ainsi prouvé que les plastiques se déposaient plutôt dans certaines zones des fonds océaniques, surtout sur les routes principales des courants profonds. Une campagne menée dans le canyon de Whittard, près des côtes britanniques, a confirmé que les courants de turbidité transportent les microplastiques jusqu’à plus de 3 000 mètres de profondeur. En outre, les différents types de plastiques semblent être triés naturellement par les courants : les fibres textiles allongées et déformables et les particules plastiques rigides sont déposées à des profondeurs différentes.
Les hotspots de biodiversité particulièrement touchés
Des expériences menées en laboratoire ont montré que la dynamique tourbillonnaire de l’écoulement envoie les particules vers l’aval du courant. Le fait que les microplastiques soient ainsi contrôlés par les courants a des conséquences importantes : en plus des sédiments et des microplastiques, les courants de turbidité transportent aussi des nutriments et de la matière organique, éléments vitaux pour les écosystèmes des grands fonds marins. Les microplastiques s’accumulent donc dans des zones très riches en biodiversité. Ils pourraient ensuite être transférés le long de la chaîne alimentaire jusqu’aux espèces consommées par l’homme.
Les grands fonds marins, que l’on a longtemps considérés comme des milieux isolés, ne sont donc pas épargnés par la pollution humaine. Mieux étudier la dynamique des courants est aujourd’hui nécessaire pour comprendre le parcours des microplastiques dans l’océan et protéger ces écosystèmes si particuliers.
Sources :
Gadal, C. et al., Particle-laden Gravity Currents: The Lock-release Slumping Regime at the Laboratory Scale. Benjamin Kneller; Eckart Meiburg; Bernhard Vowinckel; Zhiguo He. Particulate Gravity Currents: Theory, Experiments, and Environmental Applications, American Geophysical Union, pp.15 – 29, 2025, 9781394216727
https://hal.science/hal-05291732v1
Chen, P. et al, Direct Evidence That Microplastics Are Transported to the Deep Sea by Turbidity Currents. Environ. Sci. Technol. 15 April 2025; 59 (14): 7278–7287. https://doi.org/10.1021/acs.est.4c12007
Kane,I. et al., Seafloor microplastic hotspots controlled by deep-sea circulation.Science368,1140-1145(2020).https://10.1126/science.aba5899

