Protéger la biodiversité marine pour limiter le réchauffement climatique ? Une fausse bonne idée !

par | 15 octobre 2026 | Actus

Fond marin

Une étude récente s’est penchée dans le détail sur le cycle du carbone océanique, pour faire le tri entre faits scientifiquement prouvés et idées fausses : elle confirme le rôle clé joué par l’océan dans le stockage du carbone, mais elle montre aussi que, contrairement à ce qu’on pourrait penser, protéger la biodiversité marine ne permettrait pas d’augmenter significativement la capacité de l’océan à absorber nos émissions de CO2.

L’océan est un gigantesque réservoir de carbone : il en contient près de 40 000 milliards de tonnes, soit 50 fois plus que l’atmosphère. Chaque année, il absorbe environ un quart du dioxyde de carbone (CO₂) émis par les activités humaines, contribuant ainsi à ralentir l’augmentation du CO₂ dans l’atmosphère et à atténuer le changement climatique.

Mais le cycle du carbone océanique, comme tout cycle biochimique, est extrêmement complexe et beaucoup d’idées fausses ou de simplifications excessives circulent à son sujet : il est ainsi facile d’imaginer des liens très forts entre biodiversité marine et piégeage du CO₂. Plusieurs études ont déjà réussi à tordre le coup à certaines idées reçues : non, une baisse de l’activité biologique ne réduit pas nécessairement la capacité de l’océan à stocker le CO₂, rien ne prouve que l’élevage de bivalves contribue au piégeage du CO2, et les baleines, bien qu’étant pleines de carbone et pouvant peser des dizaines de tonnes, ne jouent pas, a priori, un rôle notable dans le stockage du carbone à long terme.

Dans une étude récemment publiée dans la revue scientifique Science Advances, une équipe de chercheurs comprenant Laure Resplandy, Professeure à l’Université de Princeton, Marina Lévy, Directrice de l’Institut de l’Océan, océanographe à la Sorbonne Université et Laurent Bopp, Directeur de recherche au CNRS, a décidé de se pencher sur les connaissances actuelles sur le cycle du carbone océanique. Grâce à cette étude, les scientifiques ont voulu apporter une vision holistique des réservoirs de carbone vivants et non vivants, des principaux flux naturels régissant leurs échanges, et de la manière dont ils sont perturbés par les activités humaines.

Alors, la protection de la biodiversité marine permettrait-elle réellement de limiter le changement climatique ? Eh bien, sans doute pas. D’après cette étude, en effet, augmenter ou restaurer la biomasse marine n’accroîtrait que très faiblement la capacité globale de l’océan à absorber nos émissions. Si l’étude confirme que l’océan joue un rôle clé en tant que puits de carbone, elle montre que les écosystèmes côtiers et la haute mer n’auraient qu’une contribution limitée dans le stockage du carbone et l’atténuation du changement climatique.

Dans un article paru sur le site The Conversation, les auteurs de l’étude mettent en garde contre les approches faisant des liens trop rapides entre protection des écosystèmes marins et piégeage du CO₂. Et ils rappellent surtout que la biodiversité marine mérite d’être protégée, pour elle-même, indépendamment de son impact sur le cycle du carbone.

Sources :

https://www.science.org/doi/epdf/10.1126/sciadv.aed2480
https://theconversation.com/baleines-mangroves-phytoplancton-captent-ils-vraiment-notre-co-286200